Message de notre évêque pour la Semaine Sainte et Pâques

Pour être authentique, la joie de Pâques ne peut ignorer les incertitudes auxquelles nous sommes confrontés et plus encore les drames qui ne cessent d’ensanglanter l’actualité. Le Seigneur ne peut pactiser avec le mensonge et le crime, le mépris et la haine. il ne peut donc les laisser impunis. Le jugement de notre conscience s’accorde avec la conviction souvent exprimée dans les psaumes. La confiance envers le Seigneur et l’appel à sa justice nourrissent ensemble l’espérance : le bon droit triomphera du mensonge et de l’injustice. « Si des méchants s’avancent contre moi pour me déchirer, ce sont eux mes ennemis, mes adversaires, qui perdent pied et succombent. » (Psaume 26)

Dans les psaumes encore se reconnaissent à maintes reprises certaines de nos réactions les plus profondes et les moins contrôlées : « Traite-les d’après leurs actes, rends-leur ce qu’ils méritent » (Psaume 27).
D’autres cris jaillissent de la souffrance avec une telle violence que des assemblées chrétiennes s’abstiennent aujourd’hui de les reprendre dans leur prière liturgique (Psaume 136, 8-9 par exemple).

Un fait pourtant mérite d’être souligné : le psalmiste ne demande pas de pouvoir rétablir le bon droit lui-même, tout de suite et par la force. Il s’en remet au Seigneur du soin d’exercer la justice. Durant sa Passion, Jésus porte cette disposition à l’extrême, jusqu’à implorer le pardon du Père pour ceux qui le crucifient : « Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34)

Nos solidarités humaines concrètes sont limitées du fait de nos peurs, de nos égoïsmes, de nos rancunes, de nos jalousies.
Jésus, lui, le Saint et le Juste, est en totale proximité avec chacune et chacun tout comme il est totalement solidaire de la communauté humaine entière. « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. » (Vatican II) Il veut ce que veut le Père, même à l’heure où son âme est troublée. Il aime chacun comme il aime le Père et comme le Père nous aime. Il donne sa vie pour ceux qu’il aime.

Cette ferme orientation de tout son être lui inspire de s’agenouiller devant ses disciples pour leur laver les pieds. Elle le conduit aussi à leur prescrire de communier à son Corps livré pour eux et pour la multitude. En demeurant dans sa Parole, en nous unissant à Lui dans ce mouvement qui nous décentre de nous-mêmes pour nous ouvrir au Père et à nos frères, notre existence trouve le chemin de son accomplissement. N’est-ce pas l’un des enjeux de nos célébrations eucharistiques ? « De même que le Père qui est vivant, m’a envoyé et que moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » (Jean 6,57)

Ressuscité, le Christ agit désormais dans le cœur des hommes par la puissance de son Esprit. Il nous offre de participer à sa liberté de Fils unique du Père. Avec les baptisés de Pâques, renouvelons notre désir de cheminer vers cette heure, vers ce jour où « au cœur de la création nouvelle, enfin libérée de la corruption, nous pourrons chanter vraiment l’action de grâce du Christ à jamais vivant » (Prière eucharistique pour la réconciliation n° 1).

Dieu, au-delà de tout créé,
Nous ne pouvions que t’appeler
L’Inconnaissable.
Toi que nul homme n’entendit,
Nous t’écoutons, Parole enfouie
Là où nous sommes !
Béni sois tu d’avoir remis
Entre les mains des plus petits
Ce Corps où rien ne peut cacher
Ton cœur de Père ! (Hymne H 124)

Le 29 mars 2021
+ Robert WATTEBLED
Évêque de Nîmes